du 20/10/2016 au 19/11/2016

Sublimations

Que se cache t-il derrière une peinture de Rémy Hysbergue ?

Pour ce peintre abstrait, qui depuis plus de vingt ans prend un malin plaisir à brouiller les pistes, la seule chose tangible qui nous est donnée à voir, c’est la présence de la matière peinture. C’est ce que l’on découvre dans ces derniers travaux présentés à la galerie Jean Brolly.

Sublimations, titre donné à l’exposition, est le prolongement d’une réflexion mise en œuvre dans une précédente série intitulée Point du jour.

Vues de loin, ces peintures qui portent comme titre générique À découvert, offrent un nombre limité d’informations. Il faut donc s’approcher et plonger son regard pour découvrir une surface picturale étrange. L’artiste travaille à plat et procède en deux étapes. Dans un premier temps il recouvre d’une épaisse couche toute la surface de la toile avec de la peinture acrylique puis dessine dans cette matière à l’aide de divers instruments, un véritable relief fait de traces, de saillies et de « dégoulinures » désordonnées.

La deuxième phase, plus délicate, consiste à projeter latéralement de fines particules de couleur à l’aide d’une bombe. Ce geste sera répété jusqu’à faire complètement disparaître la couche initiale et jusqu’à l’obtention d’un résultat satisfaisant. Si une part importante du travail est laissé au hasard, Rémy Hysbergue va subtilement tirer profit des irrégularités du relief pour créer des zones d’ombre et de lumière. La palette de couleurs, quant à elle, n’est pas là pour nous séduire. Bien au contraire. Hysbergue ne s’encombre pas des codes attractifs de la peinture traditionnelle. Pâles, ternes ou encore délavées ces couleurs renforcent un sentiment de brouillage de l’image peinture. Car il s’agit bien ici d’une image qui nous est offerte puisque rien à première vue ne renvoie à de la peinture. Face à cette planéité illusoire, on pense immédiatement à des agrandissements démesurés de photos ou encore à des impressions au jet d’encre. On imagine parfois le sol désertique et accidenté d’une planète lointaine. Sommes nous dans l’infiniment grand ou l’infiniment petit? Sommes nous face à un détail qui donne un sens tout particulier à l’œuvre? Les pulvérisations opèrent comme  un processus de révélation au sens quasi photographique et vont même jusqu’à offrir des zones floutées. Tout se passe à la surface telle une peau sensible.

Dans le cadre de ses questionnements, Remy Hysbergue met en évidence la nature complexe du rapport au réel et pour cela, il sollicite notre regard qui seul peut trouver un sens à cette image.

À la croisée de l’imagerie scientifique et de la peinture abstraite l’effet de ces peintures est saisissant et jamais le trouble n’a été aussi intense que dans cette dernière série. On est littéralement absorbé par ces espaces ambigus. La pratique de Rémy Hysbergue se réinvente chaque fois et elle invite le regardeur à une véritable expérience perceptive et phénoménologique de la peinture.