du 08/09/2018 au 20/10/2018

Territoire

dossier de presse

« Un beau désordre est un effet de l’art » – Nicolas Boileau

L’originalité de la démarche de Mathieu Cherkit est de toujours placer le regardeur au centre de son espace intime – ce pavillon familial de banlieue que nous identifions immédiatement –, et de l’entraîner par un jeu subtil et pervers dans un univers étrange et envoutant où le temps serait comme suspendu.

La familiarité de ces peintures, cet air de déjà vu, nous les retrouvons à la galerie Jean Brolly dans cette nouvelle exposition intitulée Territoire, avec toujours ce microcosme puissant qui jamais ne contraint l’artiste à un regard obsessionnel.

Que se passe t-il dans un tableau de Mathieu Cherkit? Il faudra se plonger dans les détails pour répondre.

De toute évidence, Mathieu Cherkit croit au réel et à la figuration, même s’il utilise certains codes de l’abstraction.
Ses peintures regorgent de détails et d’objets éparpillés, souvent insolites, qui imposent une réelle présence et que l’on retrouve, selon les besoins plastiques, dans des peintures antérieures. À y regarder de plus près, il convient aussi de s’interroger sur la notion du temps. Si certains indices n’étaient pas là pour nous ramener dans le présent, à l’instar de ce cordon d’iPhone négligemment abandonné, ou d’un tapis aux motifs géométriques d’une célèbre enseigne, ces peintures nous sembleraient venues du passé.

La présence humaine se fait sentir dans ces compositions anarchiques, mais point d’âme qui vive pourtant, à l’exception du tableau « Tweet » où l’on devine un corps allongé avec l’esquisse d’une jambe, ou encore ces deux escargots qui semblent faire la course, englués dans cette épaisse peinture, que l’on distingue au premier plan du tableau « The Wall ».

Quelle énigme devons-nous résoudre devant ces scènes troublantes où chaque chose semble liée, comme par magie, au delà des interdits ?

Mathieu Cherkit n’a cure des maladresses, des incohérences et des mensonges. Lorsqu’il se confronte aux questions d’espace il s’autorise une liberté totale. Il prend le contre-pied des règles conventionnelles et s’éloigne du réalisme par des expérimentations spatiales qui déstabilisent notre regard. L’espace domestique, devenu pour lui terrain de jeu, est contrarié, malmené, mais grâce à un penchant prononcé pour la composition, les formes et la couleur, il impose sournoisement une vision onirique par d’étonnantes inventions formelles d’où il émane un univers quasi métaphysique.

Tout est donc posé sur la toile à des endroits précis comme lors d’un rituel. À la recherche d’une efficacité maximale, Mathieu Cherkit accentue ce jeu de distance par rapport à la réalité en utilisant une palette de couleurs d’une gaieté folle. Sans retenue, il navigue d’un rouge ardent à un orange éclatant en passant par un jaune acidulé, le tout renforcé par mille nuances de vert à proximité d’un bleu électrique. L’héritage du passé n’est jamais loin et il y a dans ces peintures un dialogue évident avec ses aînés pour qui la couleur était essentielle.
Cette peinture qui captive tant notre regard n’est qu’illusion. Tout ce désordre, brillamment orchestré par Mathieu Cherkit, ne serait t-il pas tout simplement l’incarnation de la peinture ?

À chacun sa petite histoire !