2O12

Bernard Aubrtin — Rouge
mars-avril

« J'avais besoin de silence. Ce fut alors un coup de poing sur la table : du rouge, du rouge, du rouge ! »
B. Aubertin.

Cette 3e exposition réalisée à la galerie Jean Brolly met l'accent sur l'un des aspects essentiels du travail de Bernard Aubertin: la couleur rouge! Pour Bernard Aubertin, l'appréhension de l'énergie a dans son travail un rôle déterminant. La couleur rouge a toujours été et continue d'être pour l'artiste la couleur la plus appropriée pour diffuser cette énergie par imprégnation. Dans l'exposition, des œuvres plus historiques (« Rouge flamme » - 1972/76 et « Rouge flamme » - 1978, « Carré zérotique » - 1987, « Monochrome rouge (série parpaing) » - 1989 et « Monochrome rouge » - 1996) seront confrontées à des travaux récents comme ces sculptures en bois (poutres en chêne) ou simples planches entièrement recouvertes de couleur rouge ou encore une série de « tableaux-clous » réalisés avec des semences de tapissier soigneusement alignées et à peine enfoncées dans des planches de bois.
Bernard Aubertin pense son travail en terme de « sensation physique » et de « combat » pour parler de cette couleur qui va dominer une grande partie de son œuvre. Il rencontre Yves Klein en 1957. Cette rencontre sera décisive puisqu'elle orientera son oeuvre dans le sens d’un absolu matérialiste. C'est alors qu'il réalise ses premiers monochromes rouges. Datés de 1959, formant des dents en relief, ils seront réalisés avec un geste mécanique, à l'aide d'un couteau à peindre. Puis viendront dès 1961 les premiers « Tableaux-clous » dans lesquels l'artiste dispose de façon régulière des clous, des vis ou des pitons qu'il recouvrira de peinture rouge. Le rouge comme énergie vitale le conduira très vite à élaborer ses « tableaux-feu » réalisés avec des allumettes auxquelles il met le feu mais aussi des livres brûlés.
En 1961, il rejoint le groupe allemand Zero de Düsseldorf formé en 1959 par Heinz Mack, Otto Piene et Günther Uecker, dont Yves Klein était assez proche. Tous ces artistes avaient une prédilection pour le monochrome qui permettait de se libérer de toute subjectivité et de considérer l'espace du tableau comme un élément déterminant.

Bernard Aubertin est né en 1934. Il vit et travaille à Reutlingen (Allemagne).


 

Günther Umberg — Territorium #18
février-mars

« Territorium #18 » — titre donné à la première exposition présentée à la galerie Jean Brolly — n'échappe pas au caractère méditatif qu'ont toutes les expositions de Günter Umberg. Le spectateur est comme hypnotisé par ces surfaces monochromes d’une matité absolue. Son regard est troublé par une matière opaque, indéfinissable, au fort pouvoir attractif.

C'est à partir de 1977, que l'artiste développe un travail qui consiste, par une succession de couches croisées, à recouvrir des panneaux de bois avec des pigments fixés par une résine naturelle appelée Dammar. La couleur noire, éclairée par une pointe de bleu, sera fréquemment utilisée jusqu'à devenir sa marque de fabrique. Seules quelques oeuvres en orange-titane ou vert-cadmium feront exception à la règle. Les panneaux sont de format modeste et souvent biseautés ce qui permet à l'œuvre d'être détachée du mur par un léger vide laissé derrière les surfaces opaques.

Cette peinture radicale nécessite une présentation à laquelle l'artiste accorde la plus grande attention : généralement une œuvre par mur, à un emplacement spécifique pour concentrer le regard et établir une relation physique avec l'observateur.

Il faut savoir prendre du temps pour contempler toute la matérialisation de la sensibilité que dégagent ces monochromes subtils qui sont d'une extrême fragilité. Tels des tableaux-miroir, ils nous invitent à un face-à-face où l'image attendue en retour ne serait pas au rendez-vous. Devant la densité du noir, cette peinture éveille en nous une prise de conscience de notre propre présence.

De cette œuvre essentiellement visuelle, toute en retenue, chargée d'un pouvoir attractif saisissant, il en émane une puissance émotionnelle proche de l'ineffable.

/ Günter Umberg vit et travaille à Cologne et aussi, depuis 1998, à Corberon, en Côte-d’Or /


 

Les 10 ans de la galerie — Bastille Design Center
8-11 février

 

Daniel Schlier — Europa, Europa
janvier-février

« Enfin comme toujours : on commence avec une idée et on finit avec une peinture. »
D.Schlier.

Inclassable, c'est probablement le terme qui vient à l'esprit lorsqu'on est devant un tableau de Daniel Schlier.
Depuis la fin des années 80, Daniel Schlier développe un travail de peinture dont l'originalité vient de l'étrangeté de ses sujets construits à partir de multiples références, qu'elles proviennent de la peinture ancienne, moderne ou issues de la photographie ou encore d'images de notre quotidien.

Pour sa 3e exposition à la galerie intitulée Europa, Europa, Daniel Schlier s'est inspiré du rapt d'Europe, fille d'Agénor, roi de Tyr. Sous l'aspect d'un taureau blanc, Zeus « fendant les flots azurés, emporte sa proie sur le vaste océan ». Le titre de l'exposition sonne comme une incantation car l'Europe est née dans le rêve d'une jeune femme qui voit s'approcher un taureau dont « le front n'a rien de menaçant » et qui va la conduire vers sa destinée.

Sa nouvelle série de tableaux interpelle notre regard et notre imagination. Nous sommes loin du sujet mythologique qui a inspiré Ovide dans les Métamorphoses et si souvent représenté dans la peinture classique. Ici, le poème n'est qu'un prétexte qui sert de point de départ à une histoire qui nous reste, en tant que regardeur, à inventer et à construire. Certes le taureau apparaît dans la représentation, avec ou sans cornes. Parfois il se dédouble. Mais quel sens donner à cette armure de chevalier démantibulée, qui cache derrière son heaume un œil humain ?

À l’évidence les codes sont brouillés tellement l'incohérence de la scène saute aux yeux. L'artiste se complait à troubler notre regard jusque dans la technique utilisée. Il cultive le goût du détail et du savoir faire. Pourquoi faire cohabiter un traitement lisse au réalisme quasi photographique avec des parties plus empâtées, des fonds travaillés comme des enduits aux couleurs acidulées jusqu'à nous imposer la présence de vrais cheveux et de poussières collés sur la toile ? Est-ce le résultat d'hallucinations, d'accidents ou au contraire celui d'un travail mûrement réfléchi et nourri par des images alchimiques ?

Daniel Schlier renoue avec une tradition de la représentation où toute tentative de narration et de compréhension est vouée à l'échec. Sa peinture est celle de la confrontation des styles et des techniques, de la déstabilisation et de l'égarement. Sa peinture doit être placée sous le signe de cette « rencontre fortuite » mallarméenne.

/ Daniel Schlier est né en 1960. Il vit et travaille à Strasbourg. /


 

Bernard Aubertin — Rouge
février-mars

 

Günter Umberg — Monochromes
mars-avril