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Chantiers - accrochage des oeuvres réalisé par Mathieu Mercier
novembre-décembre

Simon Boudvin, Alan Charlton, Ananias Léki Dago et Romain Pellas sont 4 artistes de la galerie Jean Brolly, aux travaux très différents. Pourtant leur association dans une même exposition, sous le regard de Mathieu Mercier, commissaire de "Chantiers", fait sens.

Un dialogue étrange s'installe entre la démarche exigeante de l'?uvre d'Alan Charlton - artiste qui ne peint que des monochromes gris depuis 1969 - et les photos de Ananias Léki Dago qui interrogent une certaine réalité urbaine en Afrique par un jeu de construction de l'espace entre le blanc et le noir. Quant aux constructions de Roman Pellas, mi-hasardeuse mi-planifiées, réalisées à partir d'éléments de récupération (bois, cornières métallique, tubes en corton, bidons en plastiques), elles font parfaitement écho aux sculptures de Simon Boudvin qui s'intéresse à une réalité quotidienne hors d'usage avec une valeur économique réduite à néant. Ainsi, tout récemment, lors d'une résidence aux ateliers des Arques, il a conçu un galet hexagonal en asphalte, à l'identique de ceux qui étaient fabriqués à l'époque, à partir de l'extrémité d'une route. Par ailleurs, il a reconstitué une poutre du Seagram Building construit par Mies Van Der Rohe à New York. Cette poutre est composée de tous les éléments utilisés pour cette construction à savoir du béton, du plâtre, de l'acier, du bois, du verre, et du bronze selon les proportions exactes des éléments constituant ce célèbre building.

Cette exposition ouvre une réflexion originale sur des procédés artistiques régis par la construction, la déconstruction, la reconstruction et le recyclage, sans oublier les notions de solidité et de fragilité.

Simon Boudvin est né 1979. Il vit et travaille à Paris.
Alan Charlton est né en 1948. Il vit et travaille à Londres.
Ananias Léki Dago est né 1970. Il vit et travaille à Paris et Abidjan.
Romain Pellas est né en 1961. Il vit et travaille à Paris.

 



Vue de l'exposition collective Chantiers, galerie Jean Brolly, Paris, 2010

 

Eugène Dodeigne - Sculpture - dessins - terres cuites
octobre-novembre

« Tailler la pierre, faire des sculptures, oui. En parler non. Elle est ce qu'elle est.»
Eugène Dodeigne.

Plus qu'une exposition, c'est un hommage que la galerie Jean Brolly consacre à Eugène Dodeigne.
Agé de 87 ans, il occupe un place importante dans l'histoire de la sculpture de la seconde moitié du XXème siècle. De nombreuses expositions en France et à l'étranger le prouvent et ses œuvres, souvent monumentales, figurent dans de nombreuses collections publiques et privées (Allemagne, Belgique, Pays-Bas, France, Etats-Unis, Suisse...).

Cette exposition présente une petite vision de l'univers de son atelier avec cette confrontation de sculptures, de dessins et de terres cuites.

Très rapidement, Eugène Dodeigne s'affranchit de l'influence qu'exercent sur lui les formes organiques et lisses de Brancusi et Arp. Il opte alors la pierre de Soignies de couleur gris bleu qu'il travaille de manière brute, mal dégrossie. La trace des outils reste toujours visible pour exprimer toute la force et l'énergie entre la surface rugueuse de la pierre et son volume. Ce dépouillement et la figuration allusive du corps humain se retrouve avec d'autres matériaux comme la pierre de Massangis de couleur jaune, le marbre de Carrare et la lave de Volvic de couleur rouge.

Les grands dessins, au fusain seul ou avec de la gouache, travaillés d'après modèles (corps de danseurs) dégagent une même vision émouvante sur la condition de l'Homme.

Dodeigne a exposé au Musée Rodin en 1988 et en 2007. En 1995, il participe aux Champs de la Sculpture, en 1996, à Made in France au Musée National d'Art Moderne. En 1995, une sculpture monumentale est installée dans le Parc de Sculptures du Jardin des Tuileries et présent dans le jardin de la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence, et du MACVAL à Vitry-sur-Seine.
En 2008, dans le cadre des Journées du Patrimoine, le Musée d'art moderne - Lille Métropole, lui consacre une exposition-hommage. On retrouve son œuvre dans de nombreuses villes ou parcs du Nord de la France et surtout au Musée d'art moderne de Villeneuve d'Ascq où l'artiste vient d'offrir une sculpture monumentale.

 


Vue de l'exposition Eugène Dodeigne Sculptures - dessins - terres cuites, galerie Jean Brolly, Paris, 2010

 

Adam Adach - Morsures
septembre-octobre

Lors de ses précédentes expositions, les sujets des tableaux de Adam Adach renvoyaient généralement à sa Pologne natale, quittée en 1989.
Les images peintes, liées à un contexte historique, géographique, social ou familial s'imposaient d'elles-mêmes à notre regard dans un rapport évident à une mémoire collective.
Dans cette exposition intitulée « Morsure », Adam Adam nous offre un ensemble de nouvelles toiles aux thèmes variés. La Pologne n'est plus qu'un lointain souvenir et le Portugal devient le sujet principal comme ces petites toiles bleues intitulée « Parloir » et « Peniche Fairy Tale » (référence à la prison, tristement célèbre, pendant la dictature de Salazar) qui évoquent les décors des carreaux de faïence (azuleros) qui ornent les intérieurs et façades de bâtiments. Pour autant, l'actualité n'est pas exclue avec 2 tableaux relatifs à des événements survenus à New York avec « Hudson » (amerrissage de l'avion) et « Happy New York » (incendie).

Deux histoires, peut-être plus, semblent ici s'entremêler ou établir des connexions sans que l'on puisse déterminer véritablement le fil narratif : histoires de vacances avec « Quitter le continent », la fuite d'une famille sur la plage avant l'orage dans « Retour précipité », des jeunes qui s'amusent « Piscine », « Headstand » ou encore ces danseuses qui jouent avec leurs jambes, allongées sous un ciel bleu azur, « Monotonous Dance ». Les autres tableaux paraissent plus énigmatiques avec la présence d'un serpent qui donne le titre à l'expostion, d'un âne, d'une tête qui jaillit d'un fond noir telle un vampire « Ego» (une autre source de « morsure» !) et le mot « Kapital » qui envahit la surface d'un tableau.

La plupart de ces œuvres ont une référence précise, leur composition exploite des sources photographiques variées, trouvées ou prises par l'artiste, des écrits comme dans « l'Effort humain ( poème de Jacques Prévert) » ou la lettre d'un prisonnier, illustrée par un dessin, à son jeune fils.
Adam Adach part toujours d'une réalité et pourtant, il donne l'impression de vouloir la fuir - de se dérober par une peinture que l'on peut qualifier d'anti-naturaliste. Tel un « arrêt sur image », son monde fonctionne comme un souvenir insistant qui se matérialise par des touches de couleur désordonnées et dissonantes. Avec une palette surprenante, il prend plaisir à juxtaposer des touches translucides à des touches de couleur vives ou complètement éteintes. Dans l'une de ses toiles, il n'hésite pas à travailler à la bombe qui est une manière de revendiquer sa liberté et de s'affranchir d'une certaine tradition. Souvent le sujet, d'une stupéfiante banalité, est esquissé par un pinceau furtif qui ne ménage pas la matière picturale, comme si la peinture se désagrégeait sous nos yeux et partait à la dérive. « Le fruit défendu », avec ses taches rouges habilement réparties dans une dominante de vert et de gris mastic, exprime parfaitement cette impuissance de la peinture à se stabiliser. Telle une ébauche, elle illustre le pouvoir hypnotique de sa peinture, mais aussi les doutes de sa pratique.

 


Vue de l'exposition Adam Adach Morsures, galerie Jean Brolly, Paris, 2010

 

Benjamin Swaim, Mathieu Cherkit.
juillet




Mathieu Cherkit:
Flam, 2010.
Automne - Hiver, 2009-2010.
Le fumeur, 2010.
Vanessa, 2010.

Benjamin Swaim:
Salammbô Schreber, 2010.
Sans titre (Forty guns), 2006.
Diptyque Sans titre (Forty guns), 2006.

 

Bernard Aubertin - Tableaux feu et Monochromes
juin-juillet

La galerie Jean Brolly à présenté « Tableaux-feu et monochromes », une exposition des œuvres récentes de Bernard Aubertin.

Les premiers « Tableaux-feu » de Bernard Aubertin datent de 1961 et pour ces 75 ans, l'artiste a décidé de renouer avec le feu.
Deux séries sont ici présentées : l'une avec des boîtes en carton contenant des paquets d'allumettes, collées sur une plaque d'aluminium et enflammées ; l'autre, constituée de feuilles métalliques percées de petits trous dans lesquels plus de 2000 allumettes ont été placées avant d'être allumées. L'un des « Tableaux-feu œuvre » de cette dernière série, accroché au mur, sera allumé. Très vite l'œuvre se transforme en une véritable torche, laissant une trace de fumée sur le mur.
Pour l'artiste, les traces ou les formes hasardeuses produites par le feu, symbole de création, illustrent la réalité concrète. Toutes sont nouvelles, différentes et éphémères.

En 1961, Bernard Aubertin adhère au Groupe Zéro, formé en 1959 par Heinz Mack, Otto Piene et Günther Uecker. Beaucoup d'artistes comme Jan Schoonhoven, Piero Manzoni, rejoindront le Groupe Zéro. Yves Klein et Arman bien que n'y adhérant pas, en furent les messagers en France.

Sa rencontre avec Yves Klein en 1957 fut déterminante et orienta son œuvre dans le sens d'un absolu matérialiste.

Les autres œuvres présentées sont des monochromes (rouge, or, argent, noir, jaune et blanc), sur toile, structurés par des touches épaisses ou réalisés au couteau; ou encore, sur papier comme dans la série « Collatéral » où l'artiste a tout simplement essuyé son couteau selon un système logique pour un résultat hasardeux

Bernard Aubertin est né en 1934. Il vit et travaille à Reutlingen (Allemagne).

 


Vue de l'exposition Bernard Aubertin Tableaux feu et Monochromes, galerie Jean Brolly, Paris, 2010

 

Pierre Savatier - Relevés
avril-mai

Pour sa quatrième exposition à la galerie Jean Brolly, Pierre Savatier présente plusieurs séries de photogrammes.
Tissu, étoffe ou, comme dans sa dernière série, le ruban, la matière textile occupe une place récurrente dans le travail de l'artiste. Pierre Savatier compose avec les effets de souplesse des matériaux, leur transparence, les plis, et le flux de lumière pour créer un espace photographique dans lequel on passe de la netteté la plus fine au flou, de la surface à la profondeur.

Tout son travail s'effectue « à l'aveugle », dans le noir complet de la chambre noire. L'artiste dispose un ou plusieurs objets sur la surface sensible du papier puis insole avec des techniques d?éclairage adaptées selon les séries, mais toujours dans un temps proche de l'instantané photographique.

« Je crois que c'est plus simple de dire "Oui, il s'agit de photographie" ; mais la façon dont la photographie existe est, pour moi, plus liée à l'Histoire de l'Art du XX ème siècle qu'à l'histoire de la Photographie.
Dans les Arts visuels, la relation au réel passe par la vision; c'est une des raisons pour lesquelles je travaille autour de la photographie, de son dispositif, en me servant du photogramme pour poser à partir du réel la question de la vision. »
Pierre Savatier.

L'ensemble de ce dispositif, dans sa relation au temps, comme dans ses relations entre précision et aléatoire, renvoie à la vision photographique. Dans ses dernières séries de photogrammes, couleur ou noir et blanc, la multiplication des sources lumineuses lors de l'insolation les fait apparaître comme des éclairages artificiels. Ajouté à ces transparences colorées, l'ordonnancement aléatoire des plis complexifie la vision. Le dispositif, toujours perceptible parce qu'archaïque, mis en place à partir de tissus imprimés, produit une complexité visuelle. Toute l'œuvre de Pierre Savatier croise une réflexion sur le dispositif (utilisé) et sur l'image (produite), sur la lumière et sur la vision. En marge du courant documentaire dominant la photographie contemporaine, l'œuvre articule une pensée spéculative sur le médium avec une relation à l'imaginaire.

 


Vue de l'exposition Pierre Savatier Relevés, galerie Jean Brolly, Paris, 2010

 

Jan Kämmerling - The Black of Well Polished Shoes
février-avril

Pour sa deuxième exposition à la galerie, Jan Kämmerling, jeune artiste de Düsseldorf, explore un thème caractéristique dans son travail: la déstabilisation du regard, obtenue par un jeu d'obliques, à la fois dans la forme du châssis et dans les aplats de couleurs.
Fidèle à cette démarche, une grande peinture trapézoïdale (160 de hauteur sur 500 cm de large), recouverte uniformément, sur presque la totalité de sa surface, d'une couleur rouge, est bordée d'une fine bande triangulaire noire, sur sa droite – bordure biaisée – qui va déterminer l'axe vertical du tableau. Ainsi, pour l'accrochage, le tableau tout entier va basculer suivant un angle de 6° donnant ainsi l'impression d'une composition instable.

Une série d'œuvres réalisées avec des feuilles métalliques (61 x 89 cm) est montrée pour la première fois. Deux couleurs sont appliquées, suivant une diagonale (noir/gris, noir/blanc ou rouge/noir) et, dans la diagonale opposée, une découpe (triangle rectangle) est effectuée sur presque toute la longueur. Les parties restantes sont ensuite forcées de manière à ce qu'elles se retrouvent parallèles. Les couleurs se retrouvent ainsi décalées par rapport au dispositif initial.

S'appuyant sur certaines expériences historiques telles que Constructivisme, De Stijl et Hard Hedge, Jan Kämmerling cherche par des processus simples à questionner notre mémoire visuelle. On retrouve dans sa démarche les principes chers aux artistes de l'abstraction géométrique : neutralité de la facture ainsi que dépouillement et rigueur formels. La palette utilisée est le plus souvent réduite à la confrontation de 2 couleurs, blanc/noir, vert/gris, noir/gris métallisé, sans jamais chercher à les exalter. Pour l'exposition, le rouge/noir sera privilégié.

 


Vue de l'exposition Jan Kämmerling The Black of Well Polished Shoes, galerie Jean Brolly, Paris, 2010

 

Nicolas CHARDON - Abstract
janvier-février

Pour cette nouvelle exposition à la galerie Jean Brolly, Nicolas Chardon présente un ensemble d'oeuvres réalisées ou pensées lors de son séjour à la Villa Médicis (2008/2009).
« Abstract » est une oeuvre constituée de 8 toiles, toutes de format différent, sur lesquelles viennent s'inscrire chacune des lettres du titre, seules ou répétées, à la manière d'une page d'écriture.
Une grande « Cible », en 4 parties est présentée d'une manière non conventionnelle, puisque son centre est renvoyé aux quatre coins extérieurs. L'oeuvre la plus surprenante est une peinture polyptyque constituée de carrés de 80 x 80 cm, intitulée « Mosaïque ». Elle se déploie librement sur un mur comme une peinture sans fin. Pour cette oeuvre, Nicolas Chardon a opté pour une intervention minimale répondant à une interrogation invariable dans son travail. En effet, la question du « fond » peint, par rapport à la forme, est ici évacuée puisque l'artiste prend le parti de peindre en bordure de chacune des toiles, une répétition de 4 formes noires, en laissant en réserve le tissu quadrillé de la toile (petit vichy noir), mettant ainsi clairement en évidence le procédé de son travail.
Depuis toujours, Nicolas Chardon applique une méthode qui consiste à tendre et à agrafer un tissu à carreaux (vichy, madras, écossais, damier) sur un châssis puis à peindre des figures géométriques en suivant les lignes de l'imprimé du tissu, qui perd son orthogonalité du fait de la tension. Seul, le champ de la toile sera gardé vierge, comme un indice, invitant ainsi notre regard à quitter la frontalité du tableau et à nous interroger sur le processus mis en place.
Ce qui intéresse l'artiste dans les étapes de conception et de fabrication du tableau, c'est une certaine neutralité et une mise à distance du résultat. Si son travail s'appuie sur l'observation du réel, c'est surtout une démarche conceptuelle animée par des paradoxes qu'il convient de retenir. Ainsi, il se plaît à dire par exemple que « tendre », assouplit, bousculant ainsi certaines valeurs modernistes aux codes plus rigides.
Pour l'artiste, le moment de peindre intervient comme un après-coup, comme si la toile tendue sur le châssis avec ses couleurs et son motif suffisait à être un bon tableau moderne, achevé, mais qu'il fallait « re-faire ». Cette réflexion s'exprime tout particulièrement dans son dernier travail intitulé « Mosaïque » précédemment évoqué.

 


 

Vue de l'exposition Abstract, galerie Jean Brolly, Paris, 2010