2OO9
 

Tatjana DOLL - 2BIG4U
novembre-décembre

Pour sa quatrième exposition à la galerie Jean Brolly, Tatjana Doll présente une peinture exceptionnelle de 3 mètres de haut par 6 mètres de large représentant le pictogramme en noir et blanc d'un haltérophile. Face à cet athlète hors norme, une série de toiles plus petites, avec sur chacune d'elles une silhouette humaine, évoque la présence d'un public anonyme. Une autre grande toile, portant l'inscription en langage de type sms, « 2BIG4U », donne le titre à cette exposition mais aussi le drame qui se joue ici.

En conformité avec les propositions artistiques du groupe hobbypop (Düsseldorf, 1997) dont elle fut membre avec Tine Furler, Sophie von Hellermann, Dietmar Lutz et Markus Vater, Tatjana Doll s'intéresse d'une manière quasiment exclusive aux choses « sans âmes et sans pathos »: iPod, Mini, Hummer, Porsche, logos, panneaux de signalisation, mobilier urbain, etc.

Tatjana Doll oblige notre regard à s'attarder sur des objets ordinaires qui généralement ne retiennent pas notre attention. Avec un style facilement reconnaissable, qui consiste à peindre à même le sol d'une manière énergique et directe, elle réussi à donner à tous ces objets inanimés, un semblant de vie. Dépassant les positions des artistes pops et du Nouveau réalisme, qui dénoncent la société de consommation, Tatjana Doll insuffle ainsi à ses sujets une dimension toute dramatique.

Tatjana Doll est née en 1970 à Burgsteinfurt (Allemagne). Elle présentait à Art Basel 2009 (section Art Unlimited) une gigantesque peinture constituée de plusieurs toiles, représentant l'arrière d'un porte-conteners.

 


 

Vue de l'exposition 2BIG4U, galerie Jean Brolly, Paris, 2009

 

Bernard VOÏTA - Paysages ahah
octobre-novembre

Fidèle à ses recherches qui interrogent la représentation depuis plus de vingt ans, les derniers travaux photographiques de Bernard Voïta témoignent d'un nouvel aboutissement par l'utilisation, pour la première fois, de la couleur.
Dans cette exposition intitulée "Paysages ahah" (1), Bernard Voïta accentue l'effet de trouble en superposant 2 images : l'une, imprimée sur verre, est une photo trouvée représentant une vue d'extérieur, l'autre sur papier, est une photo construite dans l'atelier à partir de matériaux de récupération.
Bernard Voïta fait des photographies mais doit-on pour autant le cataloguer parmi les photographes ? Précurseur dans ce travail sur l'ambiguïté et la manipulation du réel, l'utilisation de ce médium lui sert de témoignage à une pratique qui consiste à élaborer des assemblages en 3 dimensions. La photo n'est pour lui qu'un moyen plastique qui rend compte d'un dispositif et d'une réflexion sur le concept d'image et d'espace.
L'artiste prend un malin plaisir à jouer sur la notion d'illusion qui repose entièrement sur le cadrage et le travail de l'image. Pour cela, il assemble des objets divers, le plus souvent ramassés dans la rue, pour créer des simulacres d'architecture moderne ou d'objets comme dans les séries sur les "cameras" ou les "transats". Le regard chemine dans un univers étrange, à travers les plans et les espaces fondus, sans parvenir pour autant à comprendre, malgré certains indices, cette articulation déroutante. Au final, tout nous indique que l'image résulte en réalité d'un bricolage, d'un désordre savamment orchestré par l'artiste, destiné à nous perdre.

Dans sa dernière série, on bascule une fois de plus dans un univers purement mental où la vision du réel, représentée par un paysage coloré, fonctionne un peu comme un filtre et laisse entrevoir dans ses entrailles un espace virtuel.

(1) "ahah" ou "haha" est une interjection qui existe depuis le XVIII°siècle pour désigner une surprise ou événement dans un jardin. On prétend que le fils de Louis XIV, dit le Grand Dauphin, a fait donner ce nom à cette sorte d'ouverture qu'il aperçut pour la première fois dans les jardins de Meudon, et au sujet de laquelle il s'écria dans sa surprise : ah ! ah !. Il s'agit en réalité d'un artifice visuel, d'un fossé creusé entre le jardin et le paysage alentour supprimant ainsi la coupure entre le jardin (lieu privé) et le paysage (espace public).

Bernard Voïta est né en 1960 en Suisse. Il vit et travaille à Bruxelles depuis 1990.

 




Vues de l'exposition Paysages ahah, galerie Jean Brolly, Paris, 2009

 

Alan CHARLTON - Peintures
septembre-octobre

Pour sa deuxième exposition personnelle, Alan Charlton présentera des peintures récentes ainsi qu'une sélection d'œuvres plus anciennes.

Fidèle à un principe élaboré à la fin des années 60, Alan Charlton poursuit avec une même exigence, une démarche que l'on pourrait rapprocher de celle des minimalistes : mise à distance de toute narration et valorisation du processus d'élaboration de l'œuvre.

Tel un artisan, il apporte un soin tout particulier à la fabrication du châssis et à la tension de la toile, comme pour exercer un parfait contrôle sur cet "objet" à 3 dimensions. Chaque toile est en effet pensée, élaborée à partir d'un module de 4,5 cm correspondant à la largeur des tasseaux utilisés pour ses châssis. La couleur grise (gris toujours uniques en raison du dosage de plusieurs couleurs) qu'il applique en plusieurs couches de manière uniforme, en prenant soin de toujours laisser apparaître la texture de la toile, couvrira la totalité de la surface plane et de ses côtés.
De ce fait, malgré une apparence mécaniste, tous ces points évoqués sur sa méthode de travail l'éloignent des pratiques minimalistes américaines.
Dès ses premières séries "Square Hole" Paintings (1969), "Slots" Paintings (1971) ou encore les "Channel" Paintings (1972), les entailles dans les châssis ou les vides aménagés, d'une largueur de 4,5 cm, laissent voir le mur, l'intégrant ainsi à l'œuvre. Avec la peinture présentée à la galerie, Alan Charlton met encore plus en évidence le rapport profond que cet "objet/peinture/sculpture" entretient avec l'espace et le mur qui lui sert de support.

Alan Charlton est né à Sheffield (GB) en 1948, il vit et travaille à Londres.

 




Vues de l'exposition Peintures, galerie Jean Brolly, Paris, 2009

 

Simon BOUDVIN - « L'anse brisée - travaux d'anastylose »
mai-juin

« L'anse brisée - travaux d'anastylose » est inspirée d'un texte de Georg Simmel qui définit le design depuis la fonction : l'anse d'une tasse doit convaincre l'usager de se saisir de cette excroissance.
Cette exposition prolonge l'inventaire de formes déchues initié par l'artiste : une visite du XXIème siècle dans laquelle la normalité est questionnée autour de la notion de form after function.

Oeuvre centrale: pylône haute tension, reproduit au 2/3 de son échelle, sur lequel une force aura été exercée jusqu'à le faire plier. L'objet, initialement conçu selon de savants calculs pour résister à des forces extrêmes, ne répond plus ici à sa fonction initiale de « grand colosse » invincible. Déformé, réduit à une forme inerte, il est présenté couché tel un héros à terre.

Simon Boudvin s'intéresse à l'envers du décor, à la partie cachée de notre société avec tous ses gâchis. Quelques photographies témoignent de ces infrastructures monofonctionnelles oubliées : une route, un pont, une fondation de bâtiment. De ces structures, certaines ont été abandonnées avant même leur mise en service, d'autres semblent avoir résolu un besoin très vite dépassé. Leur sort apparaît compromis. Envahies par une nature rebelle qui reprend ses pleins pouvoirs sur une pensée irraisonnée, elles paraissent délaissées à tout jamais et deviennent de véritables anomalies.

Deux planches de plans avec coupes et élévations, redessinent au trait un bâtiment détruit et réduit à un tas de gravats. Ces dessins techniques réalisés avec le plus grand soin, détaillent et cotent ce monticule de matières inertes au même titre qu'un projet classique avant exécution.

L'anastylose est la méthode appliquée pour la réalisation de certains des travaux exposés. C'est une technique d'archéologues qui consiste à reconstituer un monument à partir de ses ruines. Un jeu de puzzle en quelque sorte.

Sur une étagère sont présentés trois tas de poussière, très réguliers appelés tectoèdres et réalisés avec une poussière issue d'un tamisage de gravats collectés sur un chantier de démolition.

Par ailleurs, une vidéo montre un cube métallique d'1m3, animé physiquement par l'artiste enfermé à l'intérieur, sur des tas de matériaux de démolition. Tel un objet fou, le cube se déplace tant bien que mal dans cet univers chaotique comme à la recherche d'un emplacement idéal.


Remerciements: ACIPAR, GRITECH et PICHETA
Nicolas Desse, Frédéric Pradeau, Boris Vapné, Paolo Codeluppi et Seulgi Lee.

 





Vues de l'exposition L'anse brisée - travaux d'anastylose, galerie Jean Brolly, Paris, 2009

 

Paul-Armand GETTE - Effets et conséquences de la mécanique des fluides
avril-mai

Pour sa première exposition à la galerie Jean Brolly, Paul Armand Gette nous dévoile quelques « effets et conséquences de la mécanique des fluides » à propos d'Aphrodite, d'Arthémis et de quelques nymphes.

La fascination de Paul Armand Gette pour le corps féminin s'exprime dans cette exposition par la présentation surdimensionnée d'une Aphrodite de Cnide associée à une roche volcanique maculée d'un coulis de fruits rouges et à une coupe en cristal spécialement réalisée pour l'occasion. Le jour du vernissage, cette coupe est utilisée par l'artiste pour une performance avec la participation de Tomoko Sengoku, et une apothéose des fraises est offerte. La métaphore est au coeur de ce dispositif. L'artiste opère un glissement subtil vers la sexualité féminine. D'autres rapprochements se feront entre des corps dénudés et des éruptions volcaniques, phénomènes incontrôlables de la nature ou encore des chutes d'eau en cascade, symbole du débordement.

Expert en minéralogie et en botanique, Paul Armand Gette perturbe tous nos repères par toutes ses analogies. Son œuvre se situe à la lisière entre art et science, art et nature et il prend plaisir à nous plonger dans un univers poétique où la démystification est de rigueur. Il nous invite pour notre plus grand bonheur à un embarquement pour un voyage plein de surprises où la mythologie et la beauté du corps féminin rencontrent les sciences de la Nature.

 






Vues de l'exposition Effets et conséquences de la mécanique des fluides, galerie Jean Brolly, Paris, 2009

 

Rémy Hysbergue - vertiges
février - mars

Rémy Hysbergue entretient avec la peinture une relation particulière faite à la fois d'emprunts, d'hybridations et de métissages. Depuis plus de 15 années il mène une réflexion sur les méthodes de travail. Ses oeuvres s'inscrivent toujours dans une production sérielle. Pour sa deuxième exposition personnelle à la galerie Jean Brolly, seront présentées trois nouvelles séries qui ont pour titre « Furtifs », « Pour voir » et « Entre deux ».

Rémy Hysbergue prend plaisir à jouer avec des codes picturaux issus de l'héritage occidental. Son oeuvre protéiforme répond à des choix préalablement définis : support utilisé, limitation du nombre de couleurs, superposition de techniques.

Sa démarche procède d'une permanente interrogation de la peinture. Son art en appelle indifféremment à des factures diverses, tour à tour floutées, lyriques, système de réseaux et à une touche aussi bien lisse qu'expressive.

Pour sonder le domaine de la peinture, Rémy Hysbergue étale de préférence les couleurs d'une manière aveugle et provoque ainsi la rencontre du programmé et du hasard.

La dernière série intitulée « Furtifs » illustre parfaitement ce désir de prolonger la peinture dans la troisième dimension. Ces tableaux reliefs sont la suite naturelle de ses travaux antérieurs.

Rémy Hysbergue est né en 1960. Il vit et travaille à Paris.

 





Vues de l'exposition vertiges, galerie Jean Brolly, Paris, 2009

 

Daniel Schlier - festina lente
janvier-février

Les tableaux récents de Daniel Schlier marquent un approfondissement des recherches picturales autour de la figure centrale du chevalier dans son armure - incarnation de l'homme bon et vertueux. Son visage est caché par un heaume mais le corps, comme à vif de couleurs, manifeste son inadéquation au monde.

Ces peintures mettent en scène des situations à la fois évidentes et improbables comme autant de métaphores de l'activité de l'artiste. Elles nous renvoient aux sources de la peinture où l'icône fascinait par son pouvoir pétrifiant et où un langage codifié et inspiré régissait la forme.

Cette nouvelle série inaugure également un travail à la feuille d'or, comme une tentative de donner une résonance atemporelle à la pratique de la peinture.

"Il faut bien comprendre que chaque thématique appelle un niveau de figuration différent" dit l'artiste en nous laissant seuls devant ses oeuvres.

Daniel Schlier est né en 1960. Il vit et travaille à Strasbourg.

 






Vues de l'exposition festina lente, galerie Jean Brolly, Paris, 2009